Un peu moins connu que son illustre homonyme pourfendeur de marcheurs blancs, John Snow était un médecin anglais du 19ème siècle. Il fit faire un pas de géant à la médecine de l’époque en remettant en cause les théories des humeurs et des miasmes alors très en vogue à l’époque. Inspiré par des expériences cliniques et des avancées scientifiques sur la compréhension des microbes, il émet l’hypothèse que les maladies pourraient se transmettre par l’ingestion d’un poison dont le vecteur serait l’eau.

C’est en pleine épidémie de choléra dans le Londres de 1854 qu’il a l’idée révolutionnaire de mettre en place une analyse statistique cartographique.  Il note alors le lieu de résidence et de travail des 578 victimes du quartier de Soho en plaçant des pointeurs sur une carte (les petites barres noires sur l’extrait de carte ci-dessus). Ensuite, en étudiant cette première cartographie épidémiologique de l’histoire, il s’aperçoit que le nombre de décès augmente significativement à l’approche de la pompe à eau publique située à Broad street. Il identifie ainsi la source de la contamination. Le manche de la pompe est alors retiré et l’épidémie s’éteint dans la foulée! On a longtemps cru que cette initiative était à l’origine de la fin de l’épidémie mais les connaissances modernes indiquent plutôt qu’elle aurait dans tous les cas décliné après avoir atteint son pic.

John Snow n’en reste pas moins le père fondateur de l’épidémiologie et un grand contributeur à la compréhension des microbes. Cette technique de cartographie statistique est d’ailleurs toujours utilisée pour identifier l’origine des foyers épidémiologiques comme ceux qui ravagent régulièrement Haïti (choléra) ou l’Afrique de l’ouest (Ebola).

En étudiant un peu cette carte on remarque certaines anomalies. Par exemple, le grand atelier qui abritait environ 500 pauvres juste au nord de Broad Street a été épargné par la maladie. Cela s’explique par le fait qu’il possédait son propre puit (non indiqué sur la carte). De même si vous regardez attentivement la carte de John Snow vous remarquerez peut-être, juste à coté de la pompe incriminée, un pub où il n’y a eu aucune victime. Ceci est du au fait que les travailleurs avaient droit à une ration quotidienne de bière gratuite et qu’ils n’avaient donc aucun besoin de boire l’eau de la pompe. De plus le processus de fermentation de la bière tue la bactérie du Choléra. Encore une preuve que la bière est bonne pour la santé !

Enfin, les nombreux décès éloignés de la pompe sont des personnes qui se rendaient au marché ou au travail sur la rue Broad et se désaltéraient à la pompe. L’eau de la rue Broad était en effet réputée avoir un meilleur goût que l’eau de la plupart des puits voisins, en particulier l’eau malodorante de la rue Carnaby / Little Marlborough, à quelques rues au nord-est.

La carte entière est consultable ici.

En hommage à John Snow on trouve aujourd’hui, à l’emplacement d’origine, une pompe sans manche et un pub qui porte son nom (le nom des rues ayant changé, la pompe se trouve aujourd’hui à l’angle entre Broadwick Street et Lexington Street).

Source : http://www.laboiteverte.fr

Guillaume Sciaux – Cartographe indépendant

Publié par Guillaume Sciaux

Cartographe géomaticien professionnel et indépendant. Né géographe et stéphanois. Voir plus d’articles

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