Derrière ce titre qui ressemble à un album de Tintin voici la suite du précédent billet sur le Kitab-ı Bahriye de Piri Reis et ses très belles cartes d’itinéraire.

Nous nous intéressons donc aujourd’hui au côté plus mystérieux du travail de notre cartographe ottoman. La carte ci-dessous, sobrement dénommée « carte de Piri Reis » fait en effet les beaux jours des nombreux chasseurs de mystères et autres passionnés d’ésotérisme.

Carte de Piri Reis

Mais avant d’entrer dans ce débat voici un rapide rappel du contexte :

Un « best of » des connaissances de l’époque

Cette fameuse carte est découverte en 1929 lors des travaux de restauration du palais de Topkapi à Istanbul. Dessinée sur une peau de gazelle elle représente avec précision les côtes de l’Afrique et de l’Amérique du sud mais une grande partie est malheureusement manquante et nous ne saurons probablement jamais ce qu’elle représentait d’autre…

Les notes de Piri Reis indiquent que cette carte correspond à un travail minutieux de compilation de différentes cartes antérieures et que ses informations ont des sources très diverses : un ancien marin de Christophe Colomb capturé par son oncle corsaire, le moine irlandais Saint Brendan de Clonfert, le Portugais Nicola Giuvan, Anton le Génois, et même de cartes datant d’Alexandre Le Grand…

La naissance de la légende

C’est en 1953 que la légende débute réellement, lorsque la carte tombe entre les mains du capitaine Mallery, ingénieur à la retraite du bureau hydrologique de l’US Navy et qu’il la compare aux récents relevés scientifiques (à l’aide de sonar) des côtes terrestres antarctiques. Le résultat est étonnant à plus d’un titre :

  • La carte représente avec fidélité les côtes d’un continent qui ne sera officiellement découvert que 400 ans plus tard lorsque le Norvégien Roald Amundsen sera le premier à y poser le pied en 1911 : l’Antarctique (en bas de la carte, à la suite du continent sud américain).
  • Encore plus fort : la carte indique avec une grande précision le tracé de côtes enfouies sous des centaines de mètres de glace depuis environ 8 000 ans…

Les professeur Charles H. Hapgood et Richard W. Strachan qui ont également étudiés de manière approfondie ce troublant mystère en arrivent à l’implacable conclusion : ces relevés ne peuvent avoir été réalisés que grâce à des vues aériennes et donc par des civilisations à la technologie très avancée pour l’époque. Ce qui recoupe à merveille les théories sur les civilisations disparues de l’Atlantide et du continent de Mu ou corrobore la probable venue de visiteurs extraterrestres venus apporter le savoir sur terre (1). Cette étrange carte est dès lors considérée, pour son anachronisme, comme un OOPART en bonne position à côté de la Pierre de Dashka et du crâne de cristal.

Quelques pistes de réflexion

Je ne peux m’empêcher de penser (et cela n’engage que moi et mon cartésianisme) que des extraterrestres qui auraient traversés l’univers à bord de vaisseaux spatiaux devraient normalement être capables de faire un peu mieux. En effet, malgré l’apparente précision du tracé des rivages, les auteurs ont oublié un détail assez important : le détroit de Drake, qui se trouve entre l’Amérique du Sud et l’antarctique et qui mesure quand même plus de 600 km…

Mon esprit chafoin me rappelle également que les cartes de cette époque sont assez nombreuses à représenter un continent austral (Carte de Rosselli en 1521, Carte de Mercator en 1569, Carte d’ Ortelius en 1570) qui a beaucoup plus de chance d’être notre actuelle Australie (qui, elle, n’était pas recouverte par les glaces). Elle était par ailleurs assez accessible par une puissance maritime de l’époque : la Chine qui, par l’intermédiaire de l’explorateur Zheng He, sillonnait déjà les mers du sud depuis plus d’un siècle.

Carte de Rosselli
Carte de Mercator
Carte d’Ortelius

Ou alors, une dernière explication assez crédible :

Mais si vous souhaitez vous faire votre propre idée sur ce mystère qui pourrait également être un énième complot gouvernemental, au même titre que la supposée rotondité de la terre (heureusement la flat earth society veille), voici cette belle carte en HD.

1: théorie des anciens astronautes, ou néo-évhémérisme. Un fait d’ailleurs confirmé par un autre objet bien connu des ufologues: les étranges hiéroglyphes du temple de Séthi Ier à Abydos où on peut voir des aéronefs et véhicules modernes:

Hiéroglyphes du temple de Séthi Ier

Comme je suis sympa, voici l’explication.

Sources: Wikipédia, barjaweb.free.fr, terremysterieuse.doomby.com, dinosoria.com

Guillaume Sciaux – Cartographe indépendant.

Publié par Guillaume Sciaux

Cartographe géomaticien professionnel et indépendant. Né géographe et stéphanois. Voir plus d’articles

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4 commentaires

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  1. Votre interprétation est intéressante, mais très légère, selon ma très humble opinion. Je ne pense pas que vous avez poussé beaucoup vos recherches.
    Cette carte a été analysée par l’ USAF en 1960. Le saviez vous ? Si vous cherchez un peu, vous arriverez a trouvé la lettre écrite par le Lieutenant Colonel Harold Z. Ohlmeyer au professeur Hapgood le 6 juillet 1960. Pensez-vous que l’USAF s’est trompé dans ses explications ?

  2. Bonjour,
    Nouvellement intéressée par le mystère de cette carte de Piri Reis, je tends à être un peu sceptique. Non pas parce qu’elle pourrait représenter l’Antartique, avant sa glaciation et avant sa découverte, mais tout simplement parce qu’il me parait un peu étrange que l’on ait pu reproduire pendant des milliers d’années des cartes inutiles à la navigation car représentant un continent inexistant ou sous les glaces, les cartes étant faites à la main et nécessitant des mois de travail.

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