Je sais que ce titre d’article n’est pas très affriolant, mais il donne l’occasion d’admirer une très belle carte, la plus détaillée disponible actuellement sur les fonds océaniques.

La catastrophe de la Malaysia Airlines et la disparition de l’appareil MH370 a montré à quel point l’océan est vaste et le peu que nous savons de lui. En fait, nous en savons environ 100 fois moins sur lui que sur la topographie de Mars…

Mais depuis peu, avec les recherches de la Scripps Institution of Oceanography (de l’université de San Diego), les connaissances mondiales sur la bathymétrie du globe ont fait un bond en avant : le couplage des données existantes avec des mesures gravitationnelles nouvellement acquises (grâce aux satellites CryoSat-2 et Jason-1 de l’ESA  et de la NASA) ont permis d’atteindre un niveau de détail inconnu jusqu’alors et de cartographier le plancher océanique avec une grande précision.

David Sandwell, l’auteur principal de l’étude compare ces améliorations cartographiques au passage de la télévision ordinaire à la télévision HD : « De loin, les deux images sont semblables, mais en vous approchant de la télévision HD vous pouvez distinguer les coutures du ballon de football ou les brins d’herbe de la pelouse, alors que c’est impossible avec les anciens modèles.

Auparavant, les navires cartographes des fonds marins avaient tendance à se désintéresser des zones de pauvreté biologique ou de structures géologiques plus âgé (comme l’hémisphère sud). Ces nouvelles données satellitaires ont donc été en mesure de combler ces lacunes sur ces zones marines oubliées.  Sandwell et son équipe y ont notamment découvert des milliers de volcans sous-marins et une crête océanique de 800 km de long qui s’étend dans l’océan Atlantique Sud.

Voici quelques cartes nouvellement créées grâce à ces données satellitaires (cliquer pour agrandir) :

Les anomalies gravitionnelles de l’Antarctique nord

La carte ci-dessus représente les fonds marins de l’Atlantique nord et les couleurs distinguent les variations de gravitation (dues à l’altitude et à la tectonique des plaques) : les zones bleues ont ainsi une faible gravité, les vertes une gravité normale et les zones rouges, qui suivent les crêtes océaniques, ont la plus grande force gravitationnelle (ce sont aussi celles où les tremblements de terre d’une magnitude supérieure à 5,5 ont lieu).

La carte ci-dessus montre bien les variations d’altitude des fonds marins : les plis noir et blanc sont des zones de fractures créées par l’expansion océanique il y a plus de 180 millions d’années.

La triple jonction de l’océan indien

Cette carte montre l’intersection de trois grandes plaques : la plaque africaine (à gauche), la plaque australienne (à droite), et la plaque de l’Antarctique (en bas). Ce n’est pas vraiment flagrant pour les yeux profanes mais on distingue tout de même aisément les zones de fracture qui sont, comme sur les cartes précédentes, représentées par les variations de couleur.

C’est bien joli mais à quoi cela va-t-il nous servir, concrètement ?

Ayant devancé la critique, les chercheurs ont listé plusieurs types d’utilisation de cette avancée cartographique :

  • Pour le grand public: les données seront utilisées par Google Earth, qui permet également de faire une ballade virtuelle dans les profondeurs marines (les modèles y seront donc plus précis).
  • Pour le monde scientifique: ces données constituent une avancée importante dans la compréhension des processus géologiques des fonds marins et elles permettront de mieux reconstituer certaines phases de l’histoire tectonique et géologique des continents.

Deux autres applications dont je vous laisse seuls juges de l’intérêt :

  • Une utilisation militaire: l’armée pourrait utiliser ces données pour une navigation plus précise et un meilleur guidage des missiles sous-marins.
  • Un potentiel d’exploration: ces données pourrait être utilisées comme un outil de reconnaissance pour l’exploration pétrolière, afin de mieux repérer les bases sédimentaires.

 

Source: qz.com et Scripps Institution of Oceanography

Publié par Guillaume Sciaux

Cartographe géomaticien professionnel et indépendant. Né géographe et stéphanois. Voir plus d’articles

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1 commentaire

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  1. Bonjour,

    Tout d’abord merci pour votre article très intéressant.
    Je souhaiterais utiliser la carte des fonds océanographique dans le cadre d’un cours de cartographie mais je ne trouve aucune source. Pourriez-vous me communiquer la source de cette carte ?

    Merci d’avance

    Marie van

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